Coopération et partage autour des pratiques collaboratives

Pourquoi les coopératives adoptent les stratégies d’alliances

Dans un contexte de compétition économique globalisée, unir ses forces reste un des moyens les plus sûrs afin de résister aux turpitudes du marché. Tous les acteurs économiques l’ont bien compris, y compris les entreprises coopératives, qui y voient une stratégie idoine pour se renforcer face à la concurrence. Et les rapprochements ne cessent de se multiplier à l’instar des récentes annonces faites par les groupes coopératifs engagés dans des processus de fusion ou de simple rapprochement. Pour devenir des acteurs (presque) comme les autres ?

Se restructurer pour être plus compétitif

La coopération économique fait partie de l’ADN des coopératives dont le mode de gouvernance, en soi, repose sur la mutualisation des services et favorise ainsi une communauté d’action pour les sociétaires. C’est ce qu’explique Eric Plat, à la tête de la coopérative Atol les Opticiens. Ce dernier rappelle la singularité du modèle coopératif et déclare se sentir « plus proche de Krys ou d’Optic 2000 (des coopératives comme Atol, NDLR) que d’Afflelou (une franchise, NDLR) avec lequel nous ne sommes pas du tout dans la même logique de fonctionnement. (…) La mutualisation au sein d’une coopérative nous permet de proposer par exemple des outils de commerce multicanal, qui apportent à nos associés une plus-value, mais qui sont vraiment inaccessibles à un commerçant totalement indépendant », précise Eric Plat. Cette mutualisation est un enjeu crucial en matière de maîtrise des coûts, notamment dans les approvisionnements mais également sur le plan de la logistique et du marketing. En diminuant les coûts de fonctionnement et en améliorant la compétitivité au niveau des achats, les rapprochements permettent in fine d’améliorer la compétitivité des magasins.

Aussi, certaines coopératives voient dans la logique de concentration une nouvelle étape logique de leur évolution. C’est ainsi le cas les coopératives Nord & Loire Tabac et Alsatabac qui ont fusionné l’an passé. « Dans l’intérêt des producteurs, nous avons préféré nous rapprocher de la coopérative Alsatabac. Nous avons procédé à une restructuration du personnel dans le but de réduire les prélèvements auprès des producteurs » a déclaré Pascal Socheleau, président de Nord et Loire Tabac. Cette démarche est également au cœur de la fusion des caves coopératives de Langoiran, Duras, Cazaugitat et Landerrouat : les quatre sites capitalisent désormais sur une seule cave de stockage à la capacité doublée et destinée à l’intégralité de la vinification des vins des coopératives. Au-delà des économies d’échelle et des économies de structure, les coopératives comptent bénéficier d’un pouvoir de négociation accru quitte, pourquoi pas, à entendre rivaliser avec les géants de leurs filières.

De poids plume à poids lourds

« Si vous êtes de force égale, vous pouvez engager le combat ». Cette citation de Sun Tzu, tirée de L’art de la guerre n’aura pas échappé aux entreprises coopératives qui, à l’instar des entreprises traditionnelles, fusionnent afin de grossir. Il s’agit d’atteindre une taille critique comme l’explique un récent article académique intitulé « Enjeux et performance des concentrations de structures coopératives ». Les auteurs Fabrice Roth, Professeur des Universités, IAE Lyon, membre du Groupe de Recherche Finance Magellan et Nicolas Menguy, consultant en stratégie, démontrent que par l’effet de la taille critique, les coopératives développent mécaniquement certains atouts stratégiques qui, in fine, leur permettent d’accroître leur compétitivité par l’effet combiné d’économies d’échelle, d’une meilleure efficacité opérationnelle et d’une performance commerciale accrue. En se regroupant, il s’agit donc de s’affirmer sur un marché toujours plus concurrentiel et internationalisé.

Pas étonnant donc, que les opérations de fusion se multiplient, notamment dans l’agroalimentaire avec la fusion, l’an dernier, de Coralis et Copafelc avec Agrial. Le groupe Agrial a de surcroît annoncé cet été son rapprochement avec la coopérative Eurial. Agrial se positionne ainsi comme la deuxième coopérative laitière de l’Hexagone et peut ainsi prétendre jouer un rôle majeur dans la cour européenne. Même logique chez Système U devenu, grâce à une stratégie de concentration, le quatrième distributeur alimentaire français. Par ailleurs, on peut rappeler que le crédit coopératif est né de la fusion entre une banque coopérative et une union de coopératives. Ces deux entités destinées initialement à financer les coopératives se sont rapprochées dans les années 1970 pour devenir aujourd’hui un des acteurs majeurs du secteur coopératif, mais aussi un des symboles de l’essor de l’ESS.

Une émulation des valeurs coopératives

Le regroupement des coopératives n’est pas synonyme de dilution de leur identité, bien au contraire, il suppose aussi généralement le maintien de l’indépendance politique. C’est ce que concluent Fabrice Roth et Nicolas Menguy qui rappellent que les coopératives sont porteuses de valeurs corporate et d’une identité propre auxquelles elles ne sont pas prêtes de renoncer. Aussi, le regroupement entre deux coopératives est l’occasion de partager une philosophie commune du métier. Ensemble, les voix des coopératives portent plus fort et plus loin et participent de l’essor d’un modèle encore méconnu mais qui a désormais fait ses preuves. Aux auteurs donc de conclure que cette dynamique de concentration est « une affirmation du modèle coopératif au sein de l’économie de marché ». Toujours selon eux, les alliances pourraient bien devenir la norme pour de nombreuses coopératives qui, « fidèles à leurs valeurs mais loin de toute forme d’angélisme économique, ont elles aussi recours aux rapprochements stratégiques pour mutualiser leurs moyens, accroître leur résilience et remporter des parts de marché. »