Coopération et partage autour des pratiques collaboratives

Pourquoi je partage ?

un article repris sud blog prodageo, un blog en licence CC by.
Ce blog est animé par un enseignant en informatique de BTS IRIS au lycée Eiffel de Dijon. Avec l’équipe qui m’entoure et les enseignants des différents établissements cités, nous essayons de développer le travail collaboratif aussi bien à l’intérieur des établissements qu’entre établissements (nous parlons alors de travail collaboratif géodistribué).

L’article de Jean-Michel Cornu sur le don m’a interpelé sur ce qui pousse chacun à partager ses idées, essais, avancées, erreurs, avancées, réflexions, … dans une communauté. Je n’ai pas pris les moyens de mener une enquête avec sondages et entretiens mais j’ai fait une analyse personnelle : Pourquoi je partage mes réflexions dans ce blog ?

1 – Petite précision

Deux points me semblent important à noter :

Ce blog est un bien immatériel : le fait que vous lisiez ces lignes ne me prive de rien, c’est même plutôt pour moi un gain car si j’écris, c’est entre autre pour être lu !

Dans une communauté (un réseau) on est dans la logique de l’auberge espagnole où chacun vient avec ce qu’il a et ce qu’il est.

2 – Mais quelles sont mes motivations ?

Je vois quatre motivations principales à la tenue de ce blog :

Vous m’apportez beaucoup, je vous dois bien ça ! On est là dans la logique de contre-don comme le présente Marcel Mauss. Je me sens en quelque sorte ‘redevable’ à mon réseau de tout ce qu’il m’apporte. En contribuant à mon tour, je nourris mes ‘amis’ qui se sentent (peut-être) à leur tour redevable. Ce qui me semble intéressant est que, dans cette logique, on n’est plus redevable à une personne en particulier mais à son réseau (ou sa communauté), entité très vague et impersonnelle.

Vous évaluez mes idées. Votre regard sur mes idées m’intéresse, m’aide à me diriger et à avancer. Vos relais sur les réseaux sociaux sont des indicateurs de pertinence (quantitatif) et les commentaires que vous apportez permettent d’enrichir mon point de vue (qualitatif).

Écrire oblige à mettre des mots sur ses idées. Je suis de plus en plus convaincu que cette contrainte de formalisation est un moyen très efficace pour apprendre et je le recommande vivement. Cette dernière motivation n’implique pas forcément le partage, je pourrais très bien la satisfaire en gardant mon blog privé et sans rien partager du tout … En fait, je publie les réflexions qui me semblent intéressantes et que je souhaite archiver. Ce blog est alors un portfolio d’apprentissage qui permet de retracer mon cheminement …

Je suis fier de ce que je produis donc je l’affiche. Eh oui ! Narcisse n’est pas très loin ! Mais je pense que c’est un des moteurs des réseaux sociaux numériques et qu’il faut en avoir conscience pour ne pas en devenir esclave.

En filigrane derrière ces motivations se trouve aussi le fait que je suis satisfait de mon niveau de vie et que j’attends plus de la reconnaissance et des réflexions qui me titillent que de l’argent.

3 – Passer du stock au flux

Avec Internet, on passe d’une logique de stock et de possession à une logique de flux et d’usage. Transcrit de façon personnelle, cela donne :

Je suis plus riche de ce que je suis (et de ce que je sais faire) que de ce que j’ai.

Ce que je suis correspond au flux, ce sont mes savoirs et compétences (savoir-être, savoir-faire, savoir-devenir, …). Ce sont des caractéristiques dynamiques, en perpétuelle évolution et intrinsèquement liées à ma personne. Ce que j’ai est le fruit de ma production/réflexion ou du glanage à gauche à droite, cela correspond correspond au stock.

Pour faire vivre le flux, il faut partager son stock.

En effet, il est profitable de partager ses ressources, ses idées : la confrontation est source d’enrichissement. C’est ce que dit Flore Berlingen (@floreberlin) dans le numéro Hors Série de terra Eco : "Avant, il s’agissait de protéger ses bonnes idées, aujourd’hui, il s’agit de les partager pour que d’autres les améliorent". Cela nécessite un changement de mentalité pour accepter la logique de la version bêta ‘perpétuelle’ et de l’amélioration continue. Ça n’est pas trop dans la culture française où l’on a plutôt tendance à attendre d’avoir atteint la perfection avant de publier son chef d’œuvre.

4 – Et l’impact économique ?

Le hors série Terra Eco (encore lui) cite une étude de la fondation P2P (que je n’ai pas recherchée) "Chaque milliard de dollars investi dans l’économie de la libre connaissance détruit à court terme 60 milliards de dollars dans l’économie traditionnelle".

Je passe environs une journée par mois sur ce blog à partager des idées et des réflexions et si on respecte le ratio présenté ci-dessus, je détruis chaque mois 60 jours de travail de l’économie traditionnelle … Suis-je donc un pourri ? Ça n’est pas l’effet cherché mais la question se pose. Et même si les chiffres sont à vérifier, on conçoit bien que ce qu’on partage, d’autres ne le vendent pas …

Pour avancer vers un élément de réponse, on peut toujours écouter Bernard Stiegler qui dit que l’on se dirige vers une société sans emploi, mais pas sans travail, et qui prône une généralisation d’un statut comparable à celui des intermittents du spectacle. Ce point de vue peut en rassurer certains mais il ne me convainc pas complètement et la question me taraude toujours …