Coopération et partage autour des pratiques collaboratives

Le programme numérique de l’UMP pour 2012 : "le meilleur reste à venir" (SIC)

Voici l’analyse graphique sous forme de nuage de tags, des thèmes évoqués
dans le programme numérique de l’UMP intitulé
« Révolution numérique : le meilleur reste à venir »
,
publié le 28 juin 2011.

Programme numérique UMP Présidentielles 2012

Méthode :
Chaque proposition est « taguée » avec les mots-clés correspondant
aux thèmes abordés (plusieurs mots-clés possible par proposition). On totalise
ensuite le nombre d’occurences de chaque thème présent dans le programme.


Remarque 1 :
dans
cet article, je donne un point de vue très subjectif sur le programme numérique
de l’UMP. Je ne donne pas mon point de vue en tant que citoyen, consommateur,
usager, lecteur ou auditeur d’oeuvres numérisées. Je chausse des lunettes très
spécifiques qui sont celles d’un spécialiste des politiques d’e-inclusion et de
la médiation numérique à destination des publics non familiers de ces outils et
usages. Pour un commentaire détaillé complet et "objectif", reportez-vous aux
commentaires parus dans la presse.

Eduquer, Gouverner, Légiférer

Le projet de l’UMP insiste sur la nécessité
d’une bonne Gouvernance de l’internet et comporte de nombreuses propositions
précises pour encadrer, réguler, légiférer. L’accent est mis sur l’Education et
sur la modernisation des infrastructures nécessaires pour maintenir la
compétitivité de la France dans l’économie mondiale. De nombreux usages et
applications pratiques sont évoquées, dans les domaines de la Santé, des
Services publics, du Social, avec une place conséquente accordée aux seniors et
personnes âgées.

Le tableau ci-dessous reprend les 10
premiers thèmes évoqués dans le programme numérique de l’UMP
.

Rang

Thèmes

Nbre occurrences

1er

Education

10

2e

Gouvernance de l’internet

9

3e

Législation

6

4e Ex

Economie

5

4e Ex

Infrastructures

5

6e Ex

Libertés individuelles

4

6e Ex

Formation

4

6e Ex

Social

4

6e Ex

Services publics

4

6e Ex

Santé

4



Vous pouvez consulter l’analyse détaillée du programme sous forme de tableau
dans le doc ci-dessous :

Un projet détaillé et cohérent

Le programme de l’UMP est un document de 33 pages, structuré en 3
parties :

1- Un constat

2- Le bilan des actions menées depuis 2007

3- 45 propositions organisées autour de 5
thèmes

C’est un document clair, construit et argumenté,
et s’appuyant régulièrement pour étayer les points de vue, sur des données
issues des études (CREDOC, INSEE, ARCEP, Eurostat, Mc Kinsey « Impact
d’Internet sur l ’économie française »
- mars 2011, …), rapports
récents (Mission Fourgous « Réussir l’école numérique » -
février 2010, Centre d’Analyse Stratégique, …) et exemples étrangers.

La première lecture donne l’impression d’un
projet réfléchi, construit et cohérent avec les idées défendues par l’UMP. On y
trouve une continuité avec la politique menée depuis 5 ans : une politique
économique qui se dit libérale, mais avec des interventions de l’Etat qui ne se
limitent pas à réguler le marché, mais qui proposent de subventionner la
demande pour aider les entreprises à développer leur marché (ex :
opération « tablette tactile à 1 € par jour » pour les étudiants et
les personnes âgées, maintien de personnes âgées à domicile par l’équipement
ordinateur connecté + webcam).

La synthèse introductive du document présente les
4 axes majeurs qui sous-tendent le programme numérique de
l’UMP :

  • 1- Un internet neutre partout et pour tous
  • 2- Une politique qui mise sur la responsabilité des acteurs
  • 3- Une formation renforcée afin de lutter contre l’illettrisme numérique
  • 4- Faire de la France un leader mondial dans l’économie numérique

Les principaux constats posés en introduction au
document :

1- Le numérique constitue une
révolution
qui bouleverse la société

  • Ce secteur de l’économie est le plus dynamique actuellement au niveau mondial et représente un gisement de croissance et d’emplois.
  • Le développement du numérique impacte fortement nos modes de vie dans leurs aspects les plus quotidiens.

2- Il faut accompagner cette
révolution
 :

  • en luttant contre les inégalités territoriales qui se développent avec l’arrivée du très haut débit ;
  • en comblant les fossés numériques (générationnel, social et culturel) que l’on constate en terme de taux d’équipement informatique et internet et en terme d’utilisation ;
  • en consolidant la confiance dans le numérique : sécurisation de identités et des données personnelles, lutte contre la cybercriminalité, formation à un usage responsable d’internet ;
  • afin de garantir les équilibres entre les acteurs, le respect du bien commun et éviter les situations monopolistiques.

Nous ne reprendrons pas le bilan de l’action
gouvernementale depuis 2007, qui constitue la 2ème partie du programme, pour
nous concentrer davantage sur les propositions de l’UMP pour le prochain
quinquennat.

Voici ce que donne l’analyse graphique sous
forme de nuage de tags, du texte intégral du projet (publié le 28 juin
2011)

Programme numérique UMP Présidentielles 2012 - Analyse texte intégral

Méthode : Il
s’agit cette-fois ci non plus de mots-clés créés par moi, mais bien des mots
figurant dans le texte intégral du document programme. L’analyse s’est faite
cette fois-ci en deux temps : un premier passage en analysant le texte
intégral avec Wordle afin de sortir une liste des mots les plus employés, par
occurrence décroissante, et en éliminant les articles et mots courants non
signifiants. Nous avons aussi procédé à des regroupements tels que :
France et français, Internet et Web, Création et créative, accès et accéder,
etc ... Puis un second traitement a été réalisé à partir d’un texte ne
contenant qu’une liste épurée des mots principaux.

La révolution numérique dans l’Education

La dimension éducative du projet numérique UMP
insiste sur la responsabilisation et la protection des internautes, afin de
créer un climat de confiance envers le numérique. Le volet Education est le
plus développé en nombre de propositions (10 sur les 45). Manuels numériques,
tableaux blancs interactifs, Environnements numériques de travail, le projet
UMP fait la part belle aux investissements matériels en sous-estimant largement
les besoins de formation et d’accompagnement des enseignants. Une fois de plus,
on espère un miracle technologique censé révolutionner l’enseignement au mépris
d’une compréhension des facteurs de l’efficacité pédagogique …

Des Espaces publics numériques ... mais sans médiateurs qualifiés

La 19ème proposition
« Encourager le développement d’EPN en développant une formation
numérique en ligne »
appelle quelques commentaires.

On pourrait se réjouir que les Espaces publics
numériques n’aient pas été oubliés dans ce programme, comme ils l’ont été dans
le projet numérique socialiste (voir
article précédent
). Cependant, en lisant les quelques lignes
d’explications, le doute s’installe dans mon esprit. Voyez plutôt :

  • Il n’est fait aucune référence à l’existant en
    France en matière d’accès public au numérique, ni dans le bilan de l’action
    gouvernementale depuis 2007 (on parle d’Ordi 2.0, de passeport pour l’économie
    numérique, de tarifs sociaux …), ni dans l’explication de la proposition. Il
    est juste fait référence aux bibliothèques.

  • Le programme britannique UK
    Online
    est cité en exemple avec ses 3.500 centres, recevant soit disant
    « 2 millions de personnes par an ». Après vérification dans

    le rapport d’activités publié en ligne
    , les Centres UK Online ont accueilli
    sur un an entre avril 2010-mars 2011 390.000 personnes, soit 5 fois moins
    qu’annoncé par l’UMP !

  • Il y a peut-être confusion avec un autre projet
    « Race Online 2012 » auquel participe le
    réseau UK Online. Il s’agit d’une campagne de promotion de l’internet qui se
    propose de toucher 1 million d’adultes non connectés de juin 2011 à juin 2012.
    Cependant cette action repose principalement sur le recrutement et
    l’implication de bénévoles (« Digital Champions »), chargés
    d’initier leurs voisins, famille, …

  • Ou bien alors l’UMP s’emmêle les crayons avec le
    budget d’une recherche-action "Digital
    inclusion, social impact
    "(pdf), dotée de 2 millions de £ (2,3
    Millions d’euros) pour financer 20 projets d’e-inclusion ayant permis de
    toucher 12.234 personnes très éloignées des technologies, soit un budget de 160
    £ par personne (185 €) …

Il y a fort à parier que ce qui a inspiré les
rédacteurs du programme numérique de l’UMP, ce sont essentiellement les modules
de formation en ligne (Go ON
make online easy
) composant un kit pédagogique proposé par le réseau UK
Online aux centres labellisés.

Ainsi, je décode que le projet n’est pas
d’aider directement les EPN existants, mais serait plutôt de financer la
création d’une plateforme de formation à distance, proposant des modules
d’auto-formation
ou de formation tutorée.

Cette proposition ne va pas du tout dans
le sens d’une valorisation de la fonction de médiateur numérique
et de
la reconnaissance des compétences des animateurs-trices en place. Au contraire,
elle mise sur une fonction d’accompagnement vidée de sa substance
technologique, au profit d’une compétence essentiellement relationnelle,
pouvant être assurée par une bibliothécaire, par une assistante de vie en
maison de retraite … ou par des personnes bénévoles.

Les seniors : un marché d’avenir

La proposition N°28 : « Créer grâce à un
partenariat public/privé et par le déploiement d’un portail, une communauté
virtuelle destinée aux personnes âgées ... »

apporte confirmation à l’hypothèse d’un projet de se reposer essentiellement
sur des non-professionnels pour conduire les actions d’initiation aux TIC.

L’exemple cité en référence nous vient cette fois
des Pays-Bas, à travers le projet SeniorWeb, qui propose
forum de discussion, jeux en ligne et cours d’initiation au numérique animés
par un réseau de 3.000 « ambassadeurs » bénévoles, souvent eux-même
retraités, intervenant dans 415 centres. SeniorWeb compte 120.000 membres qui
paient une cotisation annuelle de 26 €.

Les porteurs de ce projet invoquent, à juste
titre, l’argument d’une prise en charge des seniors par eux-mêmes et d’une
bonne efficacité des ambassadeurs du fait qu’ils comprennent mieux les
difficultés des personnes âgées débutantes que ne peuvent le faire de jeunes
« digital natives ».

Proposition 26 : « Encourager l’équipement
numérique dans les maisons de retraite et les accueils de jour afin que les
personnes âgées puissent communiquer avec leurs proches. »

Difficile d’être contre cette mesure. Le
programme de l’UMP prévoit diverses actions au service des plus âgés, pour
lutter contre l’isolement, pour assurer un meilleur suivi médical à distance, …
Ces mesures sont pleines de sens et correspondent à de vrais besoins,
complètement ignorés par le projet numérique du parti socialiste.

La proposition 27 concerne le maintien
à domicile de personnes âgées dépendantes facilité par la mise en place d’un
ordinateur connecté équipé d’une webcam et relié jour et nuit à des
opérateurs-trices téléphoniques.

Il s’agirait de développer au niveau national, un
programme expérimental V@D (vivre à domicile) ayant eu lieu à l’initiative du
Conseil Général des Alpes-Maritimes en mai-juin 2007 auprès de 50 personnes, et
cité en exemple dans un livre
blanc écrit par le Think Tank « Renaissance Numérique »
.
(pdf)

La proposition est intéressante, mais
l’initiative citée, sans doute un peu courte pour servir d’exemple : à
l’époque le test s’est fait avec des téléviseurs et je n’ai trouvé aucune
traces de ce projet sur le site du CG06 qui semble avoir complètement abandonné
ce dispositif. Inquiétant non ?

Plus intéressant, les travaux de recherche du
CSTB en lien avec l’INRIA et le CHU de Nice dans le cadre du Projet GERHOME, semblent indiquer que les caméras
branchées 24h/24h sont perçues comme intrusives par les personnes âgées et que
cette solution a été abandonnée ...

Instructifs aussi les montants annoncés, 1
milliard d’euros pour équiper 1 millions de seniors : dont 720 millions
financés à part égales par l’Etat et les Conseils généraux couvrant les frais
de matériel et le tiers restant, à charge des personnes âgées pour couvrir
l’installation et la formation (les montants indiqués ne couvrent que 24 mois
d’abonnement). C’est une belle opération pour les entreprises qui vont fournir
le matériel et l’installer …

C’est une idée assez étonnante venant de la part
d’un mouvement se réclamant d’une doctrine libérale, que de subventionner les
achats de matériel informatique fabriqué principalement à l’étranger .... Avec
de telles méthodes, le numérique a plus de chance de creuser davantage le
déficit de la balance du commerce extérieur que de contribuer à la
compétitivité des entreprises françaises ! :-)

Avec l’UMP, à moins de 10.000 t’as rien !

Voici un florilège des annonces, parfois à
l’emporte-pièces, concernant les objectifs ou l’impact attendu du projet
numérique :

  • « 450.000 emplois directs et indirects créés grâce à la filière numérique d’ici 2015 » (p 7)
  • « le marché du jeu vidéo français représente plus de 10.000 emplois » (p 7)
  • « nous avons les moyens de passer de ces 450.000 emplois nets créés en 5 ans à 600.000 entre 2012 et 2017 » (p 19)
  • déploiement de la fibre optique : « Les besoins sont aujourd’hui évalués à 15.000 techniciens » (p 22)
  • 50.000 tableaux numériques interactifs en 2010 (p 23)
  • « le développement des e-services dans le cadre du dispositif V@D permettrait la création de 100.000 emplois directs » (p 28)
  • « un plan concernant un million de seniors fragiles » (p 28)
  • « Le développement de l’e-administration représente également des perspectives économiques pour le budget de fonctionnement de l’Etat (…) 100 milliards d’euros si cette dématérialisation était menée jusqu’à son terme. » (p 29)

Pas de doute, pour les analystes en prospective de l’UMP en dessous de la
dizaine de milliers, ça compte pour du beurre.