Coopération et partage autour des pratiques collaboratives

La loi Alexandrie crée une nouvelle Bibliothèque Numérique de France, en légalisant le partage ! [Eclats de S.I.lex]

Il y a une grosse surprise dans cet excellent web-docu-fiction “Jour de vote“, dans lequel vous êtes invités à vous mettre dans la peau d’un député, le jour du vote d’une nouvelle loi sur le piratage, baptisée Alexandrie, pour remplacer la loi Hadopi.

Car si cette loi s’appelle “Alexandrie”, c’est qu’elle établit un lien entre le concept de bibliothèque et la licence globale !

Dans la section “documents” du site, on trouve en effet une synthèse de cette loi Alexandrie, qui est articulée en trois points :

1) La dépénalisation du téléchargement, en reconnaissant que la musique doit être tenue pour un bien collectif, c’est-à-dire partageable par tous les utilisateurs sans limite de temps, ni de quantité ;

2) la création de la Bibliothèque Numérique de France, sur laquelle tous les auteurs de musique seraient obligés de déposer leurs oeuvres, où tous les utilisateurs de l’internet pourraient les écouter gratuitement ;

3) le financement de ce projet de Bibliothèque, par une taxation des fournisseurs d’accès à Internet et de tous les supports d’écoute de musique numérique (ordinateurs, téléphones, etc).

Or il y a bien un lien profond entre la notion de licence globale et le modèle de la bibliothèque, dans la mesure où l’instauration d’un tel système aurait tout simplement pour effet de transformer Internet en une bibliothèque universelle : une nouvelle Alexandrie !

Je trouve très intéressant que les créateurs du docu-fiction ait ainsi envisagé non seulement de légaliser le téléchargement et le partage, mais aussi d’instaurer une obligation pour les auteurs qui ressemble à un dépôt légal, couplée à la mise en place d’un site public d’accès au contenu.

Mur de l’actuelle Bibliothèque d’Alexandrie (Alexandria Library. Par Dallas75. CC-BY-NC-SA. Source : Flickr).

Le développement des échanges non marchands sur les réseaux P2P peut en effet s’analyser comme une forme de mise en partage des bibliothèques personnelles, aboutissant à la formation d’une bibliothèque globale distribuée en réseau.

Certains après avoir visionné le documentaire “Jour de vote” ont également perçu cette analogie :

Ce rapport entre bibliothèque et licence globale, il a aussi été envisagé par un des penseurs les plus profonds de ces questions, à savoir Philippe Aigrain, dans son ouvrage Sharing : Culture and The Economy in the Internet Age.

Il consacre en effet tout un chapitre de ce livre aux incidences sur les bibliothèques du passage à son modèle de contribution créative.

Avec son autorisation, j’avais traduit cette partie de son ouvrage en français dans un billet publié au mois d’avril dernier, intitulé “Quelles conséquences pour les bibliothèques si la licence globale était votée ?“.

Je vous invite vivement à le relire à présent, car Philippe Aigrain évoque également une forme de dépôt légal et envisage un rôle pour les bibliothèques dans l’accès aux oeuvres, qui n’est pas si éloigné de celui imaginé par les auteurs de “Jour de vote”.

Plus largement, j’ai toujours pensé que les bibliothécaires devraient s’engager résolument en faveur de modèles tels que la licence globale ou la contribution créative, car c’est à mon sens la meilleure manière de faire survivre l’idéal d’accès au savoir lié au concept de bibliothèque dans l’environnement numérique.

A long terme, les pistes alternatives, comme le développement de ressources numériques en bibliothèques, sont des impasses et des leurres, car les fournisseurs de contenus sont trop portés à considérer les bibliothèques comme des concurrents à leurs propres offres numériques.

Qu’importe ! Qu’Internet soit la Bibliothèque et que nous fassions renaître ainsi une nouvelle Alexandrie !

Je déplore vivement que jusqu’à présent, essentiellement pour des raisons de “politiquement correct” et de basse tactique, les représentants des bibliothèques aient toujours méticuleusement refusé de se prononcer sur la question de la licence globale.

Comme si elle ne les concernait pas !

C’est pourtant leur avenir… ou à défaut ce qui précipitera leur mort !

PS : mon pseudo n’est pas Calimaq pour rien

PPS : Guillaume Champeau, sur Numerama, a également proposé cette semaine un modèle très intéressant, à partir d’une récente décision de la CJUE sur l’épuisement numérique du droit de distribution, qui aboutirait à la constitution d’une vaste bibliothèque numérique universelle.

Classé dans :Bibliothèques, musées et autres établissemerents culturels Tagged : Bibliothèques, contribution créative, licence globale, Philippe aigrain